Du feu sous la cendre

Dès mon enfance, j'ai été confrontée à la maladie d'Alzheimer qui a touché mon grand-père. Aussi j'ai ressenti le besoin de mieux connaître cette maladie, de me familiariser avec elle. Pendant un an, lors d'une résidence, je me suis immergée dans l'unité médicale dédiée à la maladie d'Alzheimer de l'Hôpital Gériatrique d'Albigny-sur-Saône (Rhône) où j'ai participé à la vie des malades et aux animations qui leur étaient proposées. Ce qui m'a le plus frappée, c'est la confrontation à l'absence et à l'enfermement qui se lisent sur les visages de ces personnes à un stade avancé de la maladie. L'angoisse, l'impossibilité d'échanger, le sentiment d'être perdu à l'intérieur de soi, si caractéristiques de la maladie d'Alzheimer, hantent souvent les regards. Parfois cependant, alors qu'on tente de créer un contact, de s'intéresser individuellement à ces malades, ils semblent revenir dans notre monde. D'un seul coup leur regard s'anime, leur visage se réveille, leur sourire illumine un visage abîmé par la maladie. Ils révèlent leur être, leur identité, leur personne dans la vérité de ce qu'elle est. Ils retrouvent cette humanité qui semblait disparue.