Éléonore Demey aime l'humanité dans ce qu'elle a de plus beau et de plus vulnérable. Très jeune, elle comprend que l'essentiel se cache au-delà du paraître. Elle entreprend ses séances de portraits et découvre un espace où la rencontre avec l'autre est facilitée par la présence de l'appareil. Attirée depuis toujours par ceux qui échappent aux normes, ceux que la société met de côté, à travers ses séries de portraits (Du feu sous la cendre, Une étoile qui danse, Sans que rien ne manque, À fleur de peau, Là où je me tiens), elle cherche à faire exister ce que le regard évite : la fragilité, la maladie, des vies taboues, des souffrances silencieuses. L'esthétisation devient un outil puissant pour réhumaniser ceux qui sont souvent stigmatisés. Ses photographies suscitent parfois un malaise, avant de voir autrement. Elle se reconnaît dans la démarche de Diane Arbus — cette façon de regarder la différence sans détourner les yeux. Son esthétique, elle la puise ailleurs : dans le dépouillement d'Avedon, le noir et blanc, le fond blanc, pour que rien ne fasse écran entre le sujet et le regard. La nature l'apaise et la ressource. Elle la contemple comme elle regarde ses modèles — avec autant d'attention, le même désir de toucher à quelque chose de vrai. Comme le souligne Jung, "la persona est ce que nous ne sommes pas, mais ce que nous paraissons être." Dans la nature, il n'y a pas de masque. Éléonore Demey y trouve cette authenticité qu'elle cherche dans les visages : une force et une douceur mêlées, une beauté brute. C'est cet appel qui la conduit vers le paysage — non pour le représenter, mais pour le ressentir. Dans sa série L'empreinte du silence, elle capte des espaces presque vides, suspendus — des empreintes sensorielles où la lumière changeante, le brouillard et le bruissement de la mer deviennent des fenêtres sur une dimension impalpable de l'âme. Avec L'intime du monde, elle explore le chemin inverse : s'approcher au plus près de la matière — fougères, écorces, algues — jusqu'à perdre le nom des choses, sondant la matière même du vivant, là où l'organique et le minéral se confondent. Deux démarches opposées dans leur forme, une même quête au fond : aller au-delà des apparences, toucher ce qui se dissimule derrière la surface du visible.